Ranger ses placards
Le mot de la Présidente du Club
Danielle est comme nous toutes. Elle accumule les choses et a ses moments de spleen. Et comme nous, lorsqu’elle se lance dans les grands rangements, elle se rend compte à quel point elle est conservatrice. Cela lui permet parfois de redécouvrir des vieilleries qui sont à nouveau à la mode, et parfois aussi de gagner un peu d’argent en apportant au dépôt-vente des vêtements qu’elle ne portera plus.
Martine Lamarle,
Présidente du Club des Amis de Danielle Steel
Le billet de Danielle
Quand je traverse une mauvaise passe, quand j’ai le sentiment de ne plus maîtriser la situation, l’une de mes tactiques consiste à faire du rangement. Si je choisis la version courte, je nettoie le réfrigérateur. Je commence par vérifier les dates de péremption, ensuite je m’occupe de tous ces aliments que personne ne veut manger (toutes ces confitures, ces gelées bizarres que les gens vous offrent pour Noël, la sauce piquante dont vous pensez qu’elle vous tuera si vous l’absorbez). Et je me retrouve rapidement au milieu d’une dizaine de bocaux et de bouteilles, que je fourre dans une poubelle.
La version longue consiste à ranger les placards. Pas de dates de péremption, cette fois, mais une pile de vêtements qu’on ne veut plus porter.
Durant de longues périodes, je ne jette rien. Je garde telle robe achetée vingt ans plus tôt, juste au cas où je la mettrais de nouveau (mais cela n’arrive jamais). Je conserve ce drôle de manteau qui pourrait bien redevenir à la mode (selon mes filles, il ne l’a jamais été), sans oublier les cadeaux de mes enfants. Tout cela reste dans mes placards, sous prétexte qu’un jour ou l’autre, je les remettrai. Il y a aussi les vêtements qui me rappellent de bons souvenirs, ou même de mauvais. Et puis, il y a toutes les tenues qui ne sont plus à la bonne taille, mais que je remettrai certainement de nouveau si je perds deux kilos, ou bien au contraire si j’en prends trois. Je pourrais en avoir besoin (petite comme je suis, deux ou trois kilos font la différence). Pour finir, il y a tous les achats ratés que je refuse d’admettre et auxquels je m’accroche désespérément.
Parmi tous ces exemples, il y en a bien un qui vous rappelle quelque chose, non ?
En rangeant mes placards, j’ai fait une découverte sur moi-même. Le shopping me détend et m’aide à lutter contre la tristesse ou le stress. Je m’y livre souvent le dimanche quand je suis seule, que je m’ennuie, que je ne veux pas travailler et n’ai rien d’autre à faire. Je sors seule ou avec l’une de mes filles et j’achète quelque chose qui, généralement, ne me correspond pas. Sur le moment, je pense que cela me va, mais je me trompe. Et mes placards contiennent pas mal de ces emplettes du dimanche.
Parfois, aussi, j’achète quelque chose qui a l’air joli… mais qui ne l’est pas sur moi. Ce n’est pas mon style ou le genre de tenue que je porte habituellement. Dans ce cas-là, je demande à la personne avec qui je suis (le plus souvent l’une de mes filles) : « Crois-tu que je mettrai ceci ? » Presque toujours, la réponse est un non énergique, ou « j’espère bien que non ! », surtout si la couleur est bizarre, le tissu brillant ou orné de paillettes. Le dimanche, je manque étrangement de goût… Mais je m’entête et me persuade que l’article en question est vraiment ravissant et que je le porterai. En réalité, je n’en fais rien. Récemment, je me suis aperçue que chaque fois que j’avais posé cette question, mon acquisition n’était jamais sortie du placard. J’en ai tiré une leçon : si je la pose, c’est que je ne porterai pas ce vêtement. Je ne dois donc pas l’acheter. A l’avenir, je tâcherai de ne plus commettre cette erreur.
Il y a quelque temps, ma belle-mère est morte et j’avais le moral à zéro. Je ne voulais pas sortir, n’avais envie de voir personne et tournais en rond dans la maison. C’est alors que j’ai décidé de m’attaquer à mes penderies. Le projet s’est révélé ambitieux et m’a demandé beaucoup d’énergie. Le problème, si vous conservez des affaires que vous ne mettez pas, que vous n’aimez pas et qui ne vous vont pas, c’est que, lorsque vous cherchez quelque chose de joli à porter, les vêtements les plus seyants sont perdus dans la masse. C’était une vraie pagaille, alors j’ai commencé par sortir les horreurs, ce qui m’allait il y a vingt ans et ne me va plus du tout aujourd’hui. Je me suis aussi débarrassée des achats que je n’aurais jamais dû faire, une veste en skaï orange vraiment affreuse, plusieurs vêtements à paillettes que je n’oserai jamais mettre, un pull à col roulé qui a failli m’étrangler quand je l’ai enfilé. (Si vous possédez des vêtements vraiment laids, dans lesquels vous ne vous sentez pas bien, qui ne sont plus à votre taille et ne le seront jamais, vous devriez peut-être envisager de vous en séparer.) Tout cela s’amoncelait sur le sol. Mais, dans ce fatras inutile, j’ai découvert des choses dont je ne me souvenais plus et, parmi elles, quelques articles réellement jolis, dissimulés au milieu des autres : une veste blanche très chic, achetée dix ans auparavant, un beau sac marron que j’ai hâte d’utiliser, deux bracelets verts plutôt sympas, qui seront amusants à porter en été et, pour finir, deux chemisiers noirs ravissants. J’ai également trouvé un ensemble en laine à carreaux noirs et blancs, datant de dix ans, qui est presque identique à celui qui m’avait tellement fait envie dans un magazine la semaine précédente. En me débarrassant de tout ce bric-à-brac, de mes mauvais achats et des vêtements qui ne m’allaient plus, j’ai fait, finalement, de fantastiques découvertes ! C’était à la fois drôle et excitant ! Et maintenant que j’ai fait le vide, il m’est bien plus facile de mettre la main sur ce que je veux porter et non sur dix tenues dans lesquelles je me sens affreuse. Le critère que j’ai utilisé pour faire mon tri a été le suivant : « Est-ce que je veux porter ceci ? » Si la réponse était non, l’article rejoignait la pile « A jeter ».
Ce qui me rendait la tâche plus aisée et plus difficile à la fois, c’est que j’avais un public. L’une de mes filles était à la maison et m’observait pendant que je procédais à mon inventaire.
Avec trois filles qui travaillent dans la mode, le verdict est sévère et sans appel. Parfois, j’ai droit à un retentissant « Non, maman ! » à propos d’un vêtement que j’aime et désire garder. Heureusement, je conserve mon propre jugement. Nos avis sont souvent différents, car elles sont bien plus jeunes que moi et plus au courant des dernières tendances de la mode que je ne le suis. Mais ce qu’elles aiment ne me convient pas forcément. Moi, ce que je veux savoir, c’est si je parais grosse dans chaque vêtement. J’admets pourtant qu’il est bon parfois d’avoir un second point de vue. Comme dans cette scène de Sex and the City où Carrie défile devant ses trois amies, afin de leur présenter toutes ses tenues et qu’elles lui disent sans ménagement ce qu’elle doit garder ou jeter. J’ai vécu à peu près la même chose la dernière fois que j’ai fait l’inventaire de ma penderie. J’ai eu droit à pas mal de « Non, maman ! ». Pourtant, j’ai retrouvé beaucoup de vêtements ravissants que j’aimais mais que j’avais oubliés, et je me réjouis de les porter à nouveau. Cela me donne le sentiment d’avoir entièrement renouvelé ma garde-robe, sans dépenser un dollar !
Car la question de l’argent n’est pas négligeable. Dans le temps, j’avais l’habitude de donner mes vêtements à des friperies. Il y a plusieurs années, mes filles m’ont convaincue de vendre les plus beaux dans des dépôts-vente. Honnêtement, je trouve plutôt agréable de récupérer un peu d’argent pour mes erreurs d’achat.
La grande leçon que j’ai tirée de tout cela est que, lorsque je demande à quelqu’un s’il pense que je porterais telle ou telle tenue, c’est TOUJOURS une erreur. Toujours.
En fait, j’ai pris énormément de plaisir à ranger mes placards. Certaines de mes découvertes m’ont surprise, d’autres m’ont ravie. J’ai retrouvé des vêtements que j’adorais, mais que j’avais complètement oubliés.
Faites comme moi, rangez vos placards. C’est amusant et cela peut vous étonner en vous réservant de bonnes surprises. Par les temps qui courent, alors que nous nous efforçons toutes de nous restreindre et d’être raisonnables, faites votre shopping dans votre propre placard.
Ça marche et c’est drôle !
Bonsoir madame,
Je n’ai pas lu votre dernier roman, ne fais pas partie de votre Fan club, ni aucun autre d’ailleurs, mais je viens de lire une un courte entrevue sur vous et votre Grandeur d’Ame auprès des sans-abri a San Francisco. Il y a l’ombre et la lumiere, merveilleux le fait que vous ayiez fait la lumiere a ce sujet. On se dit toujours trop pauvre ou pas le temps nécessaire pour donner et l’on chatie les riches qui le font en médisant sur leurs intentions.
Ce soir je vous leve mon chapeau et vous Félicite bien humblement pour vos actes. Il est peut-etre temps que les Gouvernements et l’humanité , toute entière, prennent connaissance des besoins humains des moins nantis.
Merci a vous!
Linda