Écrire
J’ai remarqué que beaucoup d’entre vous s’interrogeaient sur ma façon d’écrire.
À ceux qui s’adonnent aussi à cette activité, je dirai qu’il n’existe pas de « bonne » façon de faire (pas plus que pour n’importe quoi dans la vie). Certaines personnes écrivent une demi-page par jour, hésitent longuement avant de choisir un mot ou de formuler une phrase. D’autres rédigent des pages et des pages d’un seul jet. À chacun sa méthode. Ne vous comparez pas aux autres. Nous procédons tous de la manière qui nous convient le mieux.
On me demande souvent « par où commencer » une fois que l’on a mis le point final à son roman. Vous devez d’abord chercher un éditeur. Pour cela, je vous conseille d’aller dans une librairie et de regarder les différentes publications. Cela vous permettra de relever les noms des éditeurs qui pourraient être intéressés par votre roman et de leur envoyer votre manuscrit. Ensuite, l’attente peut être longue et le jeu demande énormément de persévérance. J’ai eu beaucoup de chance que mon premier livre soit édité, mais les cinq suivants ne l’ont pas été. En revanche, le septième a été publié. Si j’avais perdu courage, je n’aurais jamais eu le succès dont je jouis aujourd’hui. Continuez donc d’écrire, sans vous décourager.
On me demande également si j’envisage d’écrire un livre sur la façon dont je travaille. La réponse est non. Cela me semblerait stupide. Il suffit de s’asseoir, de s’atteler à la tâche et d’écrire. Il n’y a rien de mystérieux là-dedans. Alors non, je ne le ferai jamais.
On m’interroge aussi sur mes horaires de travail, pour savoir, entre autres, si je suis à mon bureau toute l’année. C’est très perspicace, car je dois mon succès à un travail acharné… Croyez-moi, je travaille très, très dur. Au début de ma carrière (je n’avais encore qu’un enfant quand j’ai commencé à écrire), j’ai compris que si j’attendais d’en avoir le temps ou l’occasion, cela n’arriverait jamais et qu’au bout du compte, je ne ferais rien du tout. J’ai donc fait de l’écriture ma priorité et j’ai renoncé au reste. Pendant près de trente ans, je n’ai jamais empiété sur mon temps de travail pour déjeuner avec des amies. En ce qui concernait les activités scolaires de mes enfants, je ne me déplaçais que s’ils étaient personnellement impliqués (si l’un d’eux jouait dans une pièce de théâtre ou participait à une compétition sportive, par exemple). En revanche, je n’assistais pas aux réunions de parents d’élèves et ne prenais jamais le café avec d’autres mères. Ma famille, mes enfants et mon mari sont toujours passés en premier, mais j’ai renoncé au reste pour pouvoir écrire.
J’écris énormément chaque jour : roman, article, essai, poème, pensée, blog, lettres ou e-mails… Pour ma tranquillité d’esprit, je planifie le temps que je consacre à l’écriture. Quand je travaille sur un livre, je prévois toujours plus de temps qu’il ne m’en faut en réalité, parce que, si je me sens bousculée, je ne peux plus écrire. Le temps est un luxe qui m’est nécessaire et je ne dois rien avoir d’autre à faire.
Voici comment cela se passe : dans un premier temps, j’ai une idée, ou simplement une ébauche d’idée, quelque chose qui suscite ma curiosité. Ce peut être une remarque anodine sur quelqu’un, un article dans le journal, une anecdote, une considération philosophique sur la vie. Je commence à prendre des notes et cela dure plusieurs mois. Peu à peu, la trame de mon histoire prend forme dans mon esprit. Parfois, je reste assise pendant des heures, les yeux dans le vague, à creuser mon idée, à créer mes personnages. Puis un jour, je m’assois devant mon clavier et je tape les grandes lignes de mon récit. A ce stade, je sais exactement où je vais. Je tiens mon canevas, chapitre par chapitre. Ce canevas comporte entre quarante et soixante-dix pages. Je le relis, j’y apporte des modifications jusqu’à en être satisfaite. Alors seulement, je l’envoie à ma correctrice et à mon éditeur, qui me suggèrent des changements. Je suis leurs conseils à condition que ces corrections ne compromettent pas ce qui fait l’essence même de mon livre. Ensuite, c’est la pagaille absolue. J’efface, je raye, je multiplie les renvois. Mon éditeur déteste ce désordre, et il me supplie de changer le ruban de ma machine à écrire plus souvent[1], ce que j’oublie de faire quand je suis en ébullition. Au bout du compte, il me réclame d’autres changements. Je retravaille mon canevas, y apportant de nouvelles modifications. Quand j’écris, je ne fais rien d’autre, pour rester parfaitement concentrée. Quand mes enfants étaient petits, j’écrivais la nuit, lorsqu’ils étaient couchés. Maintenant qu’ils sont grands et poursuivent des études universitaires, je peux consacrer mes jours et mes nuits à mes romans.
Une fois que le canevas est au point, je le mets de côté, histoire qu’il mijote à feu doux pendant quelque temps. J’ai l’habitude de travailler simultanément sur trois à cinq livres à divers stades d’élaboration et d’écriture. De la même façon, quand j’ai mis le point final à un roman, je le laisse encore reposer un moment.
Quand je m’attaque à un livre, c’est comme si j’entreprenais de gravir une montagne. C’est une lutte d’endurance, difficile et épuisante. Je ne quitte pas mon bureau tant que la première esquisse n’est pas terminée. Je travaille sur les grandes lignes que j’ai d’abord tracées, mais le livre semble avoir sa vie propre, comme un film que je verrais et entendrais dans ma tête. Parfois, je suis même surprise par ce que je vois et entends. Je pleure quand c’est triste, je ris quand l’un des personnages dit quelque chose de drôle. Je suis littéralement hantée par les héros de mon livre. Je ne parle à personne, sauf à mes enfants s’ils me téléphonent. Je ne vois personne et ne sors pas de chez moi. Je vais de mon lit au bureau, du bureau à la baignoire et de la salle de bains à mon lit. Le lendemain, je recommence. Je n’arrête qu’une fois le premier jet achevé. Je travaille de vingt à vingt-deux heures d’affilée, dormant trois ou quatre heures, puis me remettant au travail. Lorsqu’il créait une statue, Michel-Ange prétendait qu’il l’arrachait à la pierre. Le soir, j’ai presque peur de m’arrêter, parce que je crains d’oublier le but que je me suis fixé. Mais il n’en est rien, et je continue ainsi jusqu’au terme du voyage. Ce premier jet est alors un produit brut, bourré d’erreurs. Je le lis un nombre incalculable de fois, je le corrige, et quand j’en suis satisfaite, je l’envoie à ma correctrice, qui me suggère en retour une tonne de corrections et de modifications. Je les accepte pour la plupart et je réécris mon texte, qui effectue ainsi un certain nombre d’allers-retours pendant plusieurs mois, durant lesquels je le corrige et l’affine. Entre deux reprises, je travaille sur un autre projet et, chaque fois que j’y reviens, je procède à de nouvelles améliorations. Ce processus dure environ un an et demi. Si j’ai besoin de faire des recherches historiques, ou sur une profession ou une région, mon assistante me fournit la documentation (que je dois lire et assimiler) avant, pendant et après la rédaction du livre. Je n’ai alors plus qu’à puiser dedans chaque fois que nécessaire. Comme vous pouvez le constater, écrire est une entreprise ardue et de longue haleine.
Je travaille devant mon bureau, emmitouflée dans une vieille robe de chambre en laine, bien confortable. Je ne me coiffe pas pendant des semaines et ma seule concession à la coquetterie se limite à l’usage du savon et du dentifrice. Quand j’écris, je n’existe plus que pour raconter mon histoire. Et si mes lecteurs disent qu’ils n’ont pas pu en décrocher, c’est parce que je ne l’ai pas pu non plus. S’ils ont pleuré, c’est parce que j’ai pleuré aussi. On m’apporte mes repas sur un plateau et je ne fais quasiment aucune pause jusqu’à ce que j’aie terminé. Je ne sors pas, je ne m’accorde aucune distraction. En revanche, quand c’est fini, je suis libre de faire la fête !
J’ai remarqué quelque chose d’étrange… Quand je travaille sur un roman, je fourmille toujours d’idées pour d’autres livres, comme si j’avais plusieurs casseroles sur le feu. Mais quand je n’écris pas, mon esprit se met au repos et j’ai peu d’idées. Celles-ci ne viennent que dans les périodes de travail acharné.
Je sais, c’est bizarre…
Telle est ma méthode, et j’y trouve beaucoup de plaisir, même si elle implique énormément de travail. Quand vous travaillez vingt-deux heures par jour, ou même un peu moins, au bout d’un moment, vous avez mal partout (quel que soit votre âge) : votre dos est raide, votre nuque vous fait souffrir, chacun de vos muscles proteste. Pour ma part, j’écris jusqu’à ce que je sois au bord de la syncope. Même si je suis épuisée, je redouble d’efforts. C’est souvent dans ces moments-là qu’on est le plus productif. Quelquefois, mes doigts sont gonflés à force de taper sur le clavier, ils saignent. C’est une façon étrange de gagner sa vie, mais elle me plaît.
J’ignore d’où me viennent les idées, mais le fait est qu’elles sont là. Je me dis que je ne fais que transmettre l’histoire, comme une vitre laisse passer la lumière. Mais quand je commence à me croire importante, la lumière ne passe plus. Je crois qu’il faut une certaine dose d’humilité pour faire ce métier. Je suis heureuse d’avoir reçu ce cadeau.
Physiquement, c’est très dur, mais on trouve quelque part la force de le faire.
On m’a demandé si je faisais cela toute l’année. Je m’efforce de l’éviter. Pendant trente ans, ma vie a tourné autour de mes enfants. Je faisais toujours en sorte de me libérer pendant leurs vacances, c’est pourquoi je n’ai jamais travaillé durant l’été. C’est toujours vrai aujourd’hui, car trois d’entre eux sont encore à l’université. Je travaille donc comme une forcenée en hiver (mon pic d’activité se situe entre les mois d’octobre et mai/juin). En revanche, je suis en congé pendant l’été. Il m’arrive d’avoir un travail de réécriture à faire, mais en général, je ne prévois rien entre juin et septembre. Je ne travaille pas non plus à Noël, pour profiter de mes enfants, bien que je prenne souvent des notes.
Lorsqu’ils étaient petits, je m’occupais d’eux toute la journée et j’écrivais de vingt heures à trois heures du matin. Ensuite, j’allais dormir, à condition qu’il n’y ait pas d’otite, de maux de ventre ou de cauchemar. Au matin, j’étais debout. Dès qu’ils partaient à l’école, j’écrivais, puis j’allais les chercher et je les conduisais à leurs diverses activités. Dès huit heures du matin, je suis dans mon bureau. J’ai la chance de ne pas avoir besoin de beaucoup de sommeil. Quatre ou cinq heures me suffisent. C’est un avantage, quand vous êtes écrivain et que vous avez neuf enfants ! Avec mes deux maris (le père de mes enfants, puis l’homme que j’ai épousé après lui), j’avais passé un accord : je me couchais en même temps qu’eux, mais je me relevais pour écrire dès qu’ils étaient endormis. J’étais heureuse de vivre au rythme de mon époux et de mes enfants, mais maintenant que je suis seule, je continue d’écrire le soir. Quand je termine un livre, je suis toujours un peu triste de quitter mes personnages. Mais une fois que le point final est mis, je passe à autre chose, c’est-à-dire à un autre livre. Le travail occupe le plus clair de mon temps (j’ai écrit cent six romans, dont le premier à dix-neuf ans).
On m’a demandé si j’avais le temps de lire. Pas assez, malheureusement ! Je fais toujours très attention à ne pas lire l’œuvre d’un autre romancier pendant que j’écris. Sans même s’en apercevoir, on peut être influencé. Je préfère ne pas prendre ce risque. Je ne lis que lorsque je ne travaille pas, d’ordinaire en été, mais jamais quand je suis moi-même en train d’écrire. Je ne trouve d’inspiration que dans la lecture de la Bible et d’articles consacrés à la religion.
Voilà, dans les grandes lignes, ma façon de travailler. J’ai parfois entendu certaines personnes laisser entendre que je faisais écrire mes livres par d’autres. Je n’ai pas cette chance. Je n’ai pas de petits lutins dans ma cave. Je fais tout moi-même… et je suis heureuse que la plupart de mes lecteurs aiment ce que je fais.
Et maintenant, il faut que je me mette à mon prochain roman.
À bientôt.
Danielle Steel
[1] Je tape toujours mes manuscrits sur ma vieille machine à écrire porte-bonheur !
J’adore vos livres il sont vraiment bon quand j’en lis un je ne peu plus m’arreter se qui veut dire que vous etes une des meilleur ecrivaines du monde ! je vous adores continuer à en ecrire temps que vous le pouvez.
Natasha !
je viens de finir de lire votre livre un rayon de lumiere pour moi vous etes une grande dame ,est une vraie maman, cordialement lydie
bonjour,je suis en train de lire votre dernier roman irresistible.jattends toujours avec impatience la sortie d’un nouveau livre,des que je vais dans un magasin je regarde toujours s’il n’y en as pas un nouveau sorti.je suis au 4/5eme d’irresistible etil est aussi irresistible comme son nom l’indique je suis vraiment triste a l’idee de le finir et de devoir attendre la parution d’un nouveau livre (je les ai tous lus)a bientot continuez comme ca