MES VACANCES

Le mot de la Présidente du Club

L’été permet à Danielle de passer d’excellentes vacances avec ses enfants. C’est pour elle un moment privilégié, une parenthèse de bonheur et de détente durant laquelle elle se ressource, oublie tous les tracas du quotidien et retrouve les siens.

Martine Lamarle,
Présidente du Club des Amis de Danielle Steel

Le billet de Danielle

En écrivant ce titre, je ne peux m’empêcher de sourire… N’était-ce pas, pour beaucoup d’entre nous, le sujet de notre première rédaction, à l’école primaire ?
Quoi qu’il en soit, j’ai passé un merveilleux été avec six de mes enfants. Nous avons d’abord séjourné quelque temps à Paris, où nous avons rencontré des amis, sommes allés dans de petits bistrots et avons fait du shopping (il y a des soldes extraordinaires en juillet, à Paris). Mais nous avons aussi flemmardé et profité les uns des autres en bavardant, en jouant aux cartes et au scrabble, en regardant des DVD. Pour moi, c’est toujours un grand bonheur de me trouver avec mes enfants, et je suis heureuse qu’ils acceptent encore de me consacrer un peu de leur temps !
Après Paris, nous sommes allés dans le sud de la France, comme chaque année depuis leur naissance (moi-même, j’y passais mes vacances étant enfant). Là-bas, il y a toujours énormément de monde à cette période de l’année. Il y fait chaud, la Méditerranée est belle et attire de nombreux estivants. Autrefois, nous y passions plusieurs semaines. Aujourd’hui, nous nous contentons d’un ou deux jours, principalement pour respecter la tradition familiale et rappeler de bons souvenirs à mes enfants. Ils amènent tous un ami ou une amie avec eux, et nous séjournons dans un vieil hôtel très agréable, au bord de la mer, où la cuisine est délicieuse et où il règne une ambiance familiale. Nous y sommes restés deux jours, puis, ainsi que nous en avons l’habitude depuis plusieurs années, nous nous sommes rendus à Monaco, où se trouvait le bateau que je loue pour aller en Italie. J’aime beaucoup Monaco, même si nous n’y séjournons que peu de temps, au début et à la fin de notre voyage.
Nous avons quitté Monte Carlo pour Portofino, une charmante petite ville dotée d’un port très pittoresque. C’est l’une de nos destinations préférées. La nuit, du bateau, on peut admirer une vieille forteresse illuminée, tout en haut d’une colline, ainsi qu’une église sur une seconde hauteur qui fait face à la première. C’est l’un des endroits les plus beaux que je connaisse. Ensuite, nous avons repris la mer en direction de l’île d’Elbe, et de là nous avons gagné la Sardaigne, où de nombreux Italiens prennent leurs vacances. Nous avons essuyé un grain, mais cela n’a pas été dramatique et nous l’avons vite oublié. Sur le chemin du retour, nous avons fait une halte en Corse et nous nous sommes baignés dans l’eau transparente. L’île est magnifique avec ses paysages sauvages, relativement épargnés par le modernisme. Nous sommes ensuite repartis vers Monte Carlo. C’était la fin des vacances et, en rendant le bateau, j’ai eu l’impression d’être Cendrillon quand son carrosse redevient citrouille et ses cochers souris blanches.
Nous avons regagné Paris ensemble. Puis, un à un, mes enfants sont partis. Ces vacances ont été parfaites, surtout en ce qui me concerne, parce qu’ils sont là. Je suis très heureuse que chaque été nous puissions faire ensemble des voyages aussi agréables… Et je commence déjà à compter les jours jusqu’aux vacances de l’an prochain !
J’espère que vous aussi, vous passez un bon été.

Danielle

BONTÉ, TOLÉRANCE ET PARDON

Le mot de la Présidente du Club

Lorsque l’on rencontre Danielle, on est frappé par sa bonté, sa chaleur, sa gentillesse, sa simplicité. Ces qualités se manifestent particulièrement dans le billet qu’elle nous livre ici.

Martine Lamarle,
Présidente du Club des Amis de Danielle Steel

Le billet de Danielle

J’aime beaucoup la Bible. Elle m’apporte une sérénité dont j’ai souvent besoin, particulièrement le soir lorsque je vais me coucher. Mes journées sont stressantes et font fréquemment vingt heures. Entre mes enfants, mon travail, une foule d’obligations et de responsabilités, je n’arrête pas. Aussi, la lecture de la Bible me calme. Elle me donne le recul nécessaire pour prendre conscience que je ne porte pas le monde entier sur mes épaules. J’y trouve aussi la voie à suivre dans mes relations avec les autres, que ce soit dans ma manière de les traiter comme dans celle dont je souhaite être traitée.
Un passage me plaît particulièrement et j’avais envie de vous en faire profiter. Il est tiré de la lettre aux Ephésiens, 4, 32, et le voici : « Soyez bons et compatissants, pardonnez-vous les uns les autres. » Il me touche singulièrement et me va droit au cœur. Il me fait réfléchir sur ma journée et sur la façon dont je me suis comportée. Nous avons tous des moments où tout semble nous échapper, y compris nos réactions. Me suis-je montrée désagréable? Ai-je manqué de délicatesse, de compassion ? Pour moi, être compatissant, altruiste, bon, savoir pardonner aident à devenir meilleur et à réussir notre vie aussi bien sur le plan amoureux que professionnel. Lorsque je lis ce précepte, je me promets d’essayer de l’appliquer et de garder ces trois notions à l’esprit. Le pardon est particulièrement important. Nous n’allons pas loin, dans la vie, si nous sommes incapables de pardonner à notre prochain, même si parfois il y a beaucoup à pardonner. J’ai toujours du mal à accorder mon pardon à ceux qui m’ont vraiment blessée, mais je m’y efforce. Le refus de pardonner est le plus sûr moyen de détruire définitivement une relation. Il faut savoir se montrer indulgent. Il n’y a rien de pire que d’être avec quelqu’un qui refuse d’oublier vos fautes ou vos erreurs et vous en rebat les oreilles chaque fois qu’il en a l’occasion. J’ai vécu cette situation et je peux vous assurer qu’il n’y a rien de pire. Si vous agissez ainsi, les blessures ne se referment jamais. L’absence de tolérance, le rappel constant de nos torts interdisent toute guérison. On me demande souvent ce que j’attendrais d’un homme, si je retombais amoureuse. Pour moi, en priorité, il devrait être bon. Beaucoup disent souvent qu’ils recherchent quelqu’un qui les fasse rire ou qui ait le sens de l’humour. Je peux vivre avec un homme qui n’a pas d’humour (quoique j’aime rire) car je peux m’amuser avec mes amis. En revanche, je ne peux pas vivre sans bonté.
Récemment, à un mariage, alors que je félicitais le marié, j’ai été vraiment choquée de la réflexion qu’il a eue à propos de son épouse. Il m’a dit qu’elle était « très drôle », comme s’il s’agissait de sa principale qualité. Est-ce vraiment suffisant pour souder un couple ? Est-ce vraiment le plus important ? Si je venais de me marier, je n’aimerais pas que mon conjoint vante son bonheur en se bornant à dire que je suis « drôle ». Je voudrais qu’il parle de moi comme quelqu’un de solide, de fiable, d’attentif, de bon, d’intelligent, d’aimant… Bref, comme quelqu’un de bien… pas seulement « drôle ». A mes yeux, la drôlerie est loin d’être suffisante. Mais cet ami est plus jeune que moi. Pour ma part, j’ai connu suffisamment de situations difficiles et éprouvantes pour savoir qu’il faut plus que de l’entrain et du rire pour les affronter.
Quoi qu’il en soit, ces quelques mots tirés de la lettre aux Ephésiens me réconfortent et je vous souhaite d’être vous aussi bon, compatissant, tolérant et de savoir pardonner. Il n’y a rien de meilleur au monde ! Atteindre ce but me semble être un excellent objectif.

NOTRE-DAME-DE-BON-PORT

Le mot de la Présidente du Club

Vous le savez, Danielle adore la France et passe souvent l’été dans le sud de la France. C’est là qu’elle a découvert, sur les hauteurs d’Antibes, cette petite église et sa chapelle, et qu’elle en est tombée amoureuse. En lisant Une femme libre, qui vient juste d’être publié, vous allez retrouver cette même église, petit clin d’œil de l’écrivain à la réalité.

Martine Lamarle,
Présidente du Club des Amis de Danielle Steel

Le billet de Danielle

En visitant le sud de la France, j’ai découvert, il y a plusieurs années, une ravissante petite église du XVIe siècle et sa chapelle du XIIIe siècle. On raconte que des miracles s’y sont produits, et, d’ailleurs, si vous souhaitez qu’on prie pour vous ou si vous espérez un miracle, il y a un livre à l’entrée où vous pouvez écrire votre nom (ou celui d’une personne que vous aimez).
Cette église, toute simple, s’appelle Notre-Dame-de-la-Garoupe, et sa chapelle Notre-Dame-de-Bon-Port possède une statue de Marie tenant un bateau entre ses mains. On dit que les marins viennent là depuis des siècles. Ils prient pour que la mer leur soit clémente, ou bien ce sont leurs épouses qui prient pour qu’ils reviennent sains et saufs. Elle est située en haut d’une colline qui domine le cap d’Antibes, d’où l’on peut voir toute la côte. Je l’ai découverte par hasard, il y a plusieurs années, et j’en suis immédiatement tombée amoureuse. A l’intérieur, on éprouve une incroyable sensation de paix, et, dehors, les gens s’installent pour se reposer, pique-niquer ou se désaltérer, tout en admirant la vue. J’ai toujours l’impression que de très bonnes choses sont arrivées en ce lieu et que cela continue (ce serait l’endroit idéal pour un mariage tout simple).
J’apprécie tout particulièrement les ex-voto accrochés aux murs, témoignages de gratitude pour remercier la Vierge des miracles qu’elle a accomplis. Certains sont gravés dans le marbre, d’autres dans le bois, ou simplement écrits, ou encore peints et encadrés. L’un de mes préférés date du XVIe siècle. Il a été rédigé par un homme qui rend grâce au ciel de lui avoir permis de s’évader de prison et d’avoir vécu ensuite une vie heureuse. Chaque fois que je le lis, je ne peux m’empêcher de sourire.
Je m’y rends aussi souvent que je le peux et, si vous êtes dans la région, je vous conseille d’y aller aussi. C’est un lieu touristique, mais il est très peu fréquenté, et vous y jouirez d’une vue superbe. Si vous voulez y prier, vous éprouverez un profond sentiment de paix et de réconfort. Il s’en dégage de très bonnes ondes.
J’adore cet endroit !

L’amour n’a pas d’âge

Le mot de la Présidente du Club

C’est vrai que le mot « amour » est synonyme de jeunesse. Mais c’est vrai aussi qu’il n’y a pas d’âge pour tomber amoureux. Et voir des couples qui n’ont plus vingt ans se tenir par la main, se regarder avec tendresse, est toujours attendrissant et porteur d’espoir, car cela signifie que le bonheur se rencontre à tout âge.

Martine Lamarle,
Présidente du Club des Amis de Danielle Steel

Le billet de Danielle

L’année dernière, j’ai reçu le faire-part de mariage de deux amis que je connais de longue date, à Paris. Elle doit avoir une cinquantaine d’années et lui, dans les soixante. Sur le faire-part, la mariée avait ajouté à la main la phrase : « L’amour n’a pas d’âge. » Cela m’a fait sourire et je me suis vraiment réjouie pour eux. Surtout que sur la photo qui accompagnait le carton, ils semblaient très heureux.
Cela m’a rappelé que récemment, lors d’un déjeuner, mon fils aîné et l’une de mes amies étaient du même avis, assurant qu’il n’y a pas d’âge pour tomber amoureux, que cela peut survenir n’importe quand, à vingt ans comme à soixante-dix. Je dois reconnaître que j’aime cette idée.
Il n’y a pas longtemps, l’une de mes filles m’expliquait tout ce qu’elle devait avoir fait avant trente ans. En l’écoutant, je me suis dit que nous n’avons pas à nous fixer de telles limites. Mais je sais qu’à son âge je pensais la même chose. Bien souvent, nous éprouvons le besoin de nous fixer des objectifs, de nous engager à faire ceci ou cela à vingt, trente, quarante ans ou plus. Mais pourquoi ? Aujourd’hui, les gens paraissent plus jeunes, ils sont en meilleure santé, se lancent dans les affaires ou dans de nouvelles aventures, ont même des enfants et se marient bien plus tard qu’autrefois. Avec la mode actuelle, je porte des vêtements que je n’aurais jamais osé mettre à trente ans. Des portes se sont ouvertes et de nouvelles possibilités s’offrent à tous. Ce qu’il faut, c’est toujours garder l’esprit ouvert et ne pas s’imposer d’interdits.
Pourtant, je suis la première à m’être fixé des limites, particulièrement par rapport à l’âge. Je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il est ridicule d’accepter des rendez-vous, de tomber amoureux ou de se marier après un certain âge. Mais pourquoi ? Pourquoi ne pourrait-on pas tomber amoureux à n’importe quel âge ? Pourquoi serait-il interdit de prendre un deuxième, un troisième ou un quatrième départ dans la vie, que cela concerne un nouvel amour, une nouvelle carrière ou une nouvelle maison ? Quand j’entends quelqu’un me l’affirmer, surtout s’il agit de l’un de mes enfants, j’ai tendance à le croire davantage. Cette idée que « l’amour n’a pas d’âge » est géniale. Et le seul fait d’y penser me donne de l’espoir… N’est-ce pas merveilleux d’imaginer que nous puissions tomber amoureux à n’importe quel âge ?
Je trouve cette idée extrêmement séduisante !

Les plaisirs de la table

Le mot de la Présidente du Club

Vous n’aimiez pas les choux de Bruxelles étant enfant, Danielle non plus. Cela vous a marqué pour la vie. Danielle aussi. Quels sont ses goûts alimentaires, les restaurants qui lui plaisent et ceux qu’elle ne supporte pas ? Elle nous dit tout… ou presque !

Martine Lamarle,
Présidente du Club des Amis de Danielle Steel

Le billet de Danielle

Je vais vous faire une révélation – une confession, devrais-je dire : je mange peu et je ne bois pas d’alcool. Mes parents, qui appartenaient à la vieille école, avaient une conception très particulière de l’éducation. Je n’avais pas le droit de quitter la table tant que je n’avais pas mangé tout ce que contenait mon assiette. Parfois (souvent), je restais assise jusqu’au repas suivant, à fixer d’horribles haricots blancs, des choux de Bruxelles ou des plats à l’aspect écœurant, qui devenaient de plus en plus repoussants à mesure qu’ils se figeaient dans mon assiette. Alors, je pleurais. Le résultat est que je n’aime pas beaucoup de légumes. Souvent, je cachais les épinards ou les choux dans mes poches, où immanquablement on les trouvait. Parfois aussi je donnais ce dont je ne voulais pas au chien – c’est pourquoi il avait énormément grossi et souffrait de problèmes digestifs. Lui non plus n’aimait pas beaucoup les haricots. Une autre conséquence de cette éducation stricte – et je ne l’ai compris que récemment – est que je n’ai jamais beaucoup aimé cuisiner et que je déteste rester à table pendant des heures. Dans un restaurant, je mange, je paie et je pars. En outre, je n’ai jamais été gourmande. Il m’a fallu des années pour parler de nourriture dans mes livres et je ne l’ai fait que parce que mes éditeurs ont beaucoup insisté. Si je suis seule, je me contente d’un œuf, d’un sandwich, d’un biscuit ou d’un morceau de chocolat. Je vais au plus rapide et au plus facile, et il m’arrive même de sauter des repas. J’ai conscience de ne pas me nourrir comme il le faut. Aujourd’hui encore, je n’ai jamais envie de légumes. Je les regarde toujours d’un œil soupçonneux. Les seules choses vertes que j’apprécie vraiment, ce sont les émeraudes (oups ! désolée !). Quant au fait que je n’aime pas l’alcool, c’est de famille. Il en allait de même pour mes grands-parents et mon père, et pourtant ils possédaient une brasserie connue (ils n’ont jamais révélé à quiconque qu’ils ne buvaient pas). Je n’ai jamais aimé le goût de l’alcool, pas plus que ses effets (je me sens tout de suite malade ou pompette lorsqu’il y en a dans un plat. Peut-être y suis-je allergique ?). Deux de mes enfants sont comme moi. Cela ne me gêne pas que les autres boivent. Moi, ma boisson de prédilection est l’eau (et occasionnellement le thé déthéiné).
Cela dit, j’ai remarqué que beaucoup de choses se passent autour d’une table. J’adore inviter mes amis à dîner. Dans ce cas, cela ne m’ennuie pas de rester assise pendant des heures, tant les conversations me plaisent. J’aime aller au restaurant avec des amis. Pour moi, le plus important est de savoir non pas ce que je mange, mais avec qui. J’ai mes restaurants préférés dans toutes les villes où je vais régulièrement. Je suis plus intéressée par l’atmosphère qu’ils dégagent que par la cuisine. Je N’AIME PAS ces établissements soi-disant raffinés où vous restez assis pendant quatre heures avec, entre des plats trop lourds, des petits « amuse-bouche » qui font traîner le repas encore plus en longueur. Et je DÉTESTE qu’on fasse des manières. J’apprécie d’être bien servie, mais je déteste les courbettes qu’on me fait sous prétexte que je suis « célèbre » (je ne me sens pas célèbre et j’ai horreur d’attirer l’attention). Je préfère me glisser discrètement dans un restaurant et y rester sans me faire remarquer. Je ne suis donc pas une bonne cliente pour les établissements trop sophistiqués, pas plus que je n’apprécie les repas qui durent trois heures. A San Francisco, mes deux restaurants préférés sont dépourvus de toute prétention. L’un se trouve tout près de chez moi. On n’y fait pas de chichis et on y sert des plats simples mais bons. L’autre est tout aussi agréable et la cuisine y est délicieuse. Parfois, j’y emmène ou j’y retrouve des amis. Dans l’un comme dans l’autre, je peux dîner en une heure. Les établissements qui vous servent en trois ou quatre heures, avec toutes sortes de cérémonials et d’effets pompeux, ne me revoient jamais. J’ai horreur qu’on me présente chaque plat en me détaillant les ingrédients, les herbes et les épices qui le composent, ou qu’on me précise de quelle partie du monde il vient et comment il a terminé dans mon assiette. Qu’on le pose devant moi sans explications à n’en plus finir et, s’il est bon, je le mangerai. Je me moque de son nom et de ses origines. Je ne me soucie pas de savoir à quelle époque de l’année tel ingrédient a été sélectionné ou cueilli (je sais, je suis une barbare).
Quand je me trouve à Paris, comme je ne suis pas une fanatique des mets sophistiqués et des longs repas, la plupart du temps je vais dans les bistros de mon quartier, des petits restaurants où l’on propose de la cuisine typiquement française. Ils sont bruyants, bondés, les salles sont pour la plupart petites, la nourriture est simple, mais ils me conviennent parfaitement. Et, lorsqu’il fait beau, des tables sont disposées à l’extérieur, sur le trottoir, et j’adore y déjeuner ou dîner.
Pour finir, je dirais que, lorsque je sors, mes restaurants préférés sont ceux avec vue ou en terrasse. Mais, la plupart du temps, je mange chez moi ou chez des amis.

Ranger ses placards

Le mot de la Présidente du Club

Danielle est comme nous toutes. Elle accumule les choses et a ses moments de spleen. Et comme nous, lorsqu’elle se lance dans les grands rangements, elle se rend compte à quel point elle est conservatrice. Cela lui permet parfois de redécouvrir des vieilleries qui sont à nouveau à la mode, et parfois aussi de gagner un peu d’argent en apportant au dépôt-vente des vêtements qu’elle ne portera plus.

Martine Lamarle,
Présidente du Club des Amis de Danielle Steel

Le billet de Danielle

Quand je traverse une mauvaise passe, quand j’ai le sentiment de ne plus maîtriser la situation, l’une de mes tactiques consiste à faire du rangement. Si je choisis la version courte, je nettoie le réfrigérateur. Je commence par vérifier les dates de péremption, ensuite je m’occupe de tous ces aliments que personne ne veut manger (toutes ces confitures, ces gelées bizarres que les gens vous offrent pour Noël, la sauce piquante dont vous pensez qu’elle vous tuera si vous l’absorbez). Et je me retrouve rapidement au milieu d’une dizaine de bocaux et de bouteilles, que je fourre dans une poubelle.
La version longue consiste à ranger les placards. Pas de dates de péremption, cette fois, mais une pile de vêtements qu’on ne veut plus porter.
Durant de longues périodes, je ne jette rien. Je garde telle robe achetée vingt ans plus tôt, juste au cas où je la mettrais de nouveau (mais cela n’arrive jamais). Je conserve ce drôle de manteau qui pourrait bien redevenir à la mode (selon mes filles, il ne l’a jamais été), sans oublier les cadeaux de mes enfants. Tout cela reste dans mes placards, sous prétexte qu’un jour ou l’autre, je les remettrai. Il y a aussi les vêtements qui me rappellent de bons souvenirs, ou même de mauvais. Et puis, il y a toutes les tenues qui ne sont plus à la bonne taille, mais que je remettrai certainement de nouveau si je perds deux kilos, ou bien au contraire si j’en prends trois. Je pourrais en avoir besoin (petite comme je suis, deux ou trois kilos font la différence). Pour finir, il y a tous les achats ratés que je refuse d’admettre et auxquels je m’accroche désespérément.
Parmi tous ces exemples, il y en a bien un qui vous rappelle quelque chose, non ?
En rangeant mes placards, j’ai fait une découverte sur moi-même. Le shopping me détend et m’aide à lutter contre la tristesse ou le stress. Je m’y livre souvent le dimanche quand je suis seule, que je m’ennuie, que je ne veux pas travailler et n’ai rien d’autre à faire. Je sors seule ou avec l’une de mes filles et j’achète quelque chose qui, généralement, ne me correspond pas. Sur le moment, je pense que cela me va, mais je me trompe. Et mes placards contiennent pas mal de ces emplettes du dimanche.
Parfois, aussi, j’achète quelque chose qui a l’air joli… mais qui ne l’est pas sur moi. Ce n’est pas mon style ou le genre de tenue que je porte habituellement. Dans ce cas-là, je demande à la personne avec qui je suis (le plus souvent l’une de mes filles) : « Crois-tu que je mettrai ceci ? » Presque toujours, la réponse est un non énergique, ou  « j’espère bien que non ! », surtout si la couleur est bizarre, le tissu brillant ou orné de paillettes. Le dimanche, je manque étrangement de goût… Mais je m’entête et me persuade que l’article en question est vraiment ravissant et que je le porterai. En réalité, je n’en fais rien. Récemment, je me suis aperçue que chaque fois que j’avais posé cette question, mon acquisition n’était jamais sortie du placard. J’en ai tiré une leçon : si je la pose, c’est que je ne porterai pas ce vêtement. Je ne dois donc pas l’acheter. A l’avenir, je tâcherai de ne plus commettre cette erreur.
Il y a quelque temps, ma belle-mère est morte et j’avais le moral à zéro. Je ne voulais pas sortir, n’avais envie de voir personne et tournais en rond dans la maison. C’est alors que j’ai décidé de m’attaquer à mes penderies. Le projet s’est révélé ambitieux et m’a demandé beaucoup d’énergie. Le problème, si vous conservez des affaires que vous ne mettez pas, que vous n’aimez pas et qui ne vous vont pas, c’est que, lorsque vous cherchez quelque chose de joli à porter, les vêtements les plus seyants sont perdus dans la masse. C’était une vraie pagaille, alors j’ai commencé par sortir les horreurs, ce qui m’allait il y a vingt ans et ne me va plus du tout aujourd’hui. Je me suis aussi débarrassée des achats que je n’aurais jamais dû faire, une veste en skaï orange vraiment affreuse, plusieurs vêtements à paillettes que je n’oserai jamais mettre, un pull à col roulé qui a failli m’étrangler quand je l’ai enfilé. (Si vous possédez des vêtements vraiment laids, dans lesquels vous ne vous sentez pas bien, qui ne sont plus à votre taille et ne le seront jamais, vous devriez peut-être envisager de vous en séparer.) Tout cela s’amoncelait sur le sol. Mais, dans ce fatras inutile, j’ai découvert des choses dont je ne me souvenais plus et, parmi elles, quelques articles réellement jolis, dissimulés au milieu des autres : une veste blanche très chic, achetée dix ans auparavant, un beau sac marron que j’ai hâte d’utiliser, deux bracelets verts plutôt sympas, qui seront amusants à porter en été et, pour finir, deux chemisiers noirs ravissants. J’ai également trouvé un ensemble en laine à carreaux noirs et blancs, datant de dix ans, qui est presque identique à celui qui m’avait tellement fait envie dans un magazine la semaine précédente. En me débarrassant de tout ce bric-à-brac, de mes mauvais achats et des vêtements qui ne m’allaient plus, j’ai fait, finalement, de fantastiques découvertes ! C’était à la fois drôle et excitant ! Et maintenant que j’ai fait le vide, il m’est bien plus facile de mettre la main sur ce que je veux porter et non sur dix tenues dans lesquelles je me sens affreuse. Le critère que j’ai utilisé pour faire mon tri a été le suivant : « Est-ce que je veux porter ceci ? » Si la réponse était non, l’article rejoignait la pile « A jeter ».
Ce qui me rendait la tâche plus aisée et plus difficile à la fois, c’est que j’avais un public. L’une de mes filles était à la maison et m’observait pendant que je procédais à mon inventaire.
Avec trois filles qui travaillent dans la mode, le verdict est sévère et sans appel. Parfois, j’ai droit à un retentissant « Non, maman ! » à propos d’un vêtement que j’aime et désire garder. Heureusement, je conserve mon propre jugement. Nos avis sont souvent différents, car elles sont bien plus jeunes que moi et plus au courant des dernières tendances de la mode que je ne le suis. Mais ce qu’elles aiment ne me convient pas forcément. Moi, ce que je veux savoir, c’est si je parais grosse dans chaque vêtement. J’admets pourtant qu’il est bon parfois d’avoir un second point de vue. Comme dans cette scène de Sex and the City où Carrie défile devant ses trois amies, afin de leur présenter toutes ses tenues et qu’elles lui disent sans ménagement ce qu’elle doit garder ou jeter. J’ai vécu à peu près la même chose la dernière fois que j’ai fait l’inventaire de ma penderie. J’ai eu droit à pas mal de « Non, maman ! ». Pourtant, j’ai retrouvé beaucoup de vêtements ravissants que j’aimais mais que j’avais oubliés, et je me réjouis de les porter à nouveau. Cela me donne le sentiment d’avoir entièrement renouvelé ma garde-robe, sans dépenser un dollar !
Car la question de l’argent n’est pas négligeable. Dans le temps, j’avais l’habitude de donner mes vêtements à des friperies. Il y a plusieurs années, mes filles m’ont convaincue de vendre les plus beaux dans des dépôts-vente. Honnêtement, je trouve plutôt agréable de récupérer un peu d’argent pour mes erreurs d’achat.
La grande leçon que j’ai tirée de tout cela est que, lorsque je demande à quelqu’un s’il pense que je porterais telle ou telle tenue, c’est TOUJOURS  une erreur. Toujours.
En fait, j’ai pris énormément de plaisir à ranger mes placards. Certaines de mes découvertes m’ont surprise, d’autres m’ont ravie. J’ai retrouvé des vêtements que j’adorais, mais que j’avais complètement oubliés.
Faites comme moi, rangez vos placards. C’est amusant et cela peut vous étonner en vous réservant de bonnes surprises. Par les temps qui courent, alors que nous nous efforçons toutes de nous restreindre et d’être raisonnables, faites votre shopping dans votre propre placard.
Ça marche et c’est drôle !

De l’importance des bonnes copines

Le mot de la Présidente du Club

En certaines occasions, l’absence d’un homme à ses côtés se fait cruellement sentir. Comme, par exemple, quand il faut aller seule voir son banquier.
Il en va de même pour Danielle. Lorsqu’elle a rendez-vous avec lui, elle a l’impression de ne rien comprendre à ses propositions et à son jargon, de ne pas être à la hauteur. Sauf si des amies l’accompagnent…

Martine Lamarle,
Présidente du Club des Amis de Danielle Steel

Le billet de Danielle

Récemment, j’ai vécu une expérience qui m’a fait beaucoup de bien. Toutes celles qui sont seules (comme moi en ce moment) se demandent ce qui se passera plus tard et ce qui leur arrivera si les choses tournent mal et qu’aucun homme n’est là pour les protéger ou les soutenir. C’est angoissant, mais malheureusement cela fait partie du jeu de chaises musicales de la vie, où certaines d’entre nous se retrouvent seules. Vous avez fait une erreur, vous vous êtes trompée à propos de l’homme que vous avez épousé ou, au contraire, vous ne vous êtes pas trompée, mais le destin s’en est mêlé… Et soudain, vous vous retrouvez seule, alors que vous ne l’auriez jamais imaginé, à un moment de la vie où vous ne voudriez pas l’être.

Peut-être rencontrerai-je bientôt celui que j’attends, celui avec qui je partagerai et finirai ma vie. Mais, pour l’instant, je suis « célibataire ». J’ai des enfants adorables, mais c’est à moi de prendre soin d’eux, et non le contraire. Je n’attends pas qu’ils me soutiennent dans les situations difficiles. Ils ont leur propre vie à mener, et maintenant j’ai la mienne, seule. Cela m’est particulièrement pénible dans certains cas, comme lorsque je dois me faire hospitaliser. Une personne mariée n’a aucun problème pour remplir le formulaire où on lui demande qui prévenir en cas de nécessité. Jusqu’à récemment, je ne voulais pas donner le nom de mes enfants. Ils étaient vraiment trop jeunes. Et, de toute façon, je ne tiens pas à leur imposer ce genre de corvée ou à devenir un fardeau pour eux. C’est pourquoi, lorsque cela m’arrive, j’inscris le nom et le numéro de mon assistante, mais à chaque fois cela me serre le cœur. Et quand je pense à tout ce qui pourrait arriver, je ne peux m’empêcher d’avoir un peu peur. Je ne parle pas seulement des problèmes de santé, mais de toutes les difficultés et des décisions auxquelles nous devons faire face dans la vie. Comment fait-on lorsqu’on doit les affronter seule ? Comme mes enfants le diraient, « tu nous saoules ». Il n’empêche que cela me préoccupe.
Après la crise qui vient de secouer le monde, les banques ont fait faillite, le marché financier s’est effondré et notre confiance dans les institutions a été ébranlée. Mes avocats m’ont donc récemment conseillé de me renseigner sur d’autres banques, pour les comparer à la mienne. Je déteste m’occuper de ce genre de choses. Comment savoir qui me dit la vérité, quel est l’établissement le plus sûr et si le mien est le meilleur ? Une banque peut vous faire des promesses mirifiques, mais seront-elles tenues ? J’ai reculé autant que je l’ai pu, puis j’ai fini par prendre rendez-vous avec une autre banque. Ce ne devait être que pour écouter le conseiller et obtenir des informations.
Tout en me préparant pour cet entretien, je repensais aux mauvaises décisions que j’avais prises dans ma vie. Par quelle malchance me retrouvais-je seule ? J’aurais voulu avoir un mari qui m’aide et qui se serait chargé de choisir la bonne banque. Je ne me sens aucune compétence en la matière. Donnez-moi quatre cents feuilles de papier blanc, je n’aurai aucune difficulté à trouver une bonne intrigue qui tiendra mes lecteurs en haleine. Mais tendez-moi un formulaire d’assurance, des imprimés bancaires ou des documents officiels, j’ai la tête vide et le cerveau en capilotade. Je sais que ça a l’air stupide et je ne suis pas complètement idiote, mais je déteste la paperasserie et la bureaucratie. Je n’y comprends rien et tout ce qu’on me raconte se transforme en galimatias. Traditionnellement, d’après l’éducation que j’ai reçue et mon expérience, il revient au mari de choisir la meilleure banque. Malheureusement, comme je n’en ai plus, je dois m’en charger moi-même. Mais si je me trompais ? C’est une décision que n’importe quelle femme à n’importe quel moment peut être amenée à prendre si elle se retrouve seule. Ce n’est pas aussi simple que vous l’imaginez.
Quelques jours avant l’entretien, mon avocate m’appela. C’est une femme merveilleuse et l’une de mes meilleures amies. J’eus ensuite un coup de fil d’une autre amie très chère. Toutes les deux m’invitèrent à déjeuner avant le rendez-vous. Bien entendu, j’acceptai avec plaisir. Elles me proposèrent également de m’accompagner à la banque. Toutes deux travaillent, sont intelligentes, mariées et mères de famille. Bien que la décision finale m’appartienne, je fus ravie qu’elles viennent avec moi. Je redoutais cet entretien et me réjouissais de ne pas m’y rendre seule, même si je savais que ce n’était qu’un rendez-vous d’information.
Le déjeuner fut fort gai, comme toujours, même si nous déjeunons rarement ensemble (seulement une ou deux fois par an). Nous sommes toutes les trois occupées, nous avons un métier, des vies, des familles et trop peu de temps à nous consacrer mutuellement. Mais je sais qu’elles sont là pour moi, tout comme je suis là pour elles. C’est réconfortant.
Après le déjeuner, nous sommes allées à la banque, située un peu plus loin. A mesure que nous en approchions, j’avais l’impression que mon cerveau se liquéfiait. Je savais que j’allais me sentir ignorante, mal informée et sans doute accablée. Nous fûmes reçues par une équipe de conseillers bien rodée qui nous fit une présentation très au point de la banque. Ce genre de présentation me donne toujours envie de rire. Les gens sont si sérieux que je me demande toujours si c’est vraiment à moi qu’ils s’adressent. De plus, leurs explications sont tellement lisses et parfaites que je me méfie. En outre, elles sont formulées dans un jargon financier qui ne m’est pas du tout familier, si bien que je ne comprends pas la moitié de ce qu’ils racontent. J’ai du mal à croire qu’il y a des gens qui s’expriment de cette façon. Sans doute que oui. Mais pas autour de moi. Quand j’écris, je m’efforce d’adopter un langage simple et clair, facile à comprendre. Dans le monde des affaires, les gens utilisent des termes que je ne comprends pas et une langue que je ne connais pas. Pour eux, il s’agit avant tout d’impressionner leur interlocuteur, de lui montrer à quel point ils sont importants. Mais qu’est-ce qu’ils sont en train de dire ? Tout en me tortillant sur ma chaise, j’avais l’impression d’avoir cinq ans. Ainsi que je le craignais, j’étais accablée et j’avais hâte que ce soit terminé, un peu comme un gamin, à l’église, qui tire sa mère par la manche en lui disant « C’est bientôt fini ? », « On part quand ? », « J’ai faim ! », « J’ai soif ! ». Je détestais être dans ce grand fauteuil et l’objet de cette « présentation ». J’étais certaine qu’ils cherchaient à m’impressionner, alors que j’aurais voulu me cacher dans un coin avec une couverture sur la tête et que quelqu’un me dise quand ce serait fini et me traduise ce qu’ils disaient. La présentation fut parfaite. On me donna toutes les informations nécessaires pour que je me décide en toute connaissance de cause. Malgré tout, je restais un peu perplexe. Et si je prenais la mauvaise décision ? S’ils m’avaient menti ? Si je gâchais tout ? Si je ne savais tout simplement pas comment on prend une bonne décision ? Je déteste m’occuper de ce genre de choses. Aussi, la présence de mes amies fut pour moi incroyablement réconfortante. Elles parlèrent très peu. Quant à moi, j’étais si tendue que je fis des remarques idiotes. Bien entendu, je me sentis stupide et eus envie de rentrer chez moi. Mais, en jetant un coup d’œil sur le côté, je vis mes amies qui étaient là. J’ignore si elles comprenaient quelque chose ou si elles sont plus intelligentes que moi, mais tout ce qui m’importait, c’était qu’elles soient là. Je n’étais pas seule. Je bénéficiais à la fois de leur présence, de leur soutien, de leur affection et de leur amitié. Le reste n’était qu’une présentation, dans une langue que je connais mal, le jargon des hommes d’affaires. Je parle quatre langues, mais pas celle-là.
Nous avons enfin quitté les conseillers, tous extrêmement charmants au demeurant. Je voudrais avoir les compétences qu’ils semblent posséder. Je serais bien incapable d’exercer leur profession, mais sans doute ne pourraient-ils pas non plus transformer des feuilles blanches en bon roman. A chacun son métier, à chacun son talent.
En prenant l’ascenseur pour redescendre, j’étais au septième ciel. A juste titre, puisque la banque était située tout en haut d’un immeuble et que les bureaux avaient de larges baies et une vue superbe. Malheureusement j’ai le vertige et je m’étais éloignée le plus possible des fenêtres. Au lieu de m’impressionner, cela n’avait fait qu’accroître mon anxiété et ma frayeur. Mais, une fois dans l’ascenseur, je pris tout à coup conscience d’une chose… Mes deux amies m’avaient accompagnée, je n’étais donc pas seule et je n’avais pas besoin d’un mari ou d’un compagnon pour affronter ce genre d’épreuves. Et comme elles n’avaient pas de décisions à prendre, elles avaient sans doute eu moins peur que moi et mieux compris ce qui se disait. Je pourrais en discuter avec elles plus tard.
C’est ce que j’ai retenu de cette expérience. Je ne suis plus obligée d’avoir un homme dans ma vie pour inscrire son nom sur le formulaire de l’hôpital (ce serait bien, évidemment, mais ce n’est pas obligatoire et ma vie ne va pas s’effondrer pour autant). Si mes amies m’accompagnent à la banque quand j’ai rendez-vous avec mon conseiller, alors je ne suis pas seule. Personne n’a à remplir les documents à ma place, je peux le faire moi-même. Le principal est d’avoir des amies. Et même si elles se sont tues pendant l’entretien, pour moi elles ont tenu le rôle de parents (moi étant l’enfant) devant le directeur de la nouvelle école. J’ai des amies !!! En sortant de l’immeuble, j’avais envie de crier : « Je peux le faire !!! Je ne suis pas aussi désarmée que je le croyais pour affronter le monde cruel des adultes. » Je comprenais soudain combien leur amitié était précieuse et ce qu’elles représentaient pour moi. Elles étaient venues avec moi, elles s’étaient assises, elles avaient écouté. Grâce à elles, j’avais tenu le coup et je pourrais leur demander des explications si j’en avais besoin (du moins, quand je n’aurais plus l’estomac noué à ce seul souvenir). Pour la première fois, quand je considérais l’avenir, je ne cédais plus à la panique en me disant que je n’y arriverais pas toute seule. J’en étais capable et mes amies seraient là pour m’aider, elles qui étaient venues à la banque avec moi… Et, moi aussi, je serais là pour elles. J’avais envie de crier : « Je peux le faire !!! Je LE PEUX ! », alors qu’auparavant une petite voix effrayée résonnait dans ma tête et répétait : « J’en suis incapable toute seule. » Avec des amies comme elles à mes côtés, je le peux !!!

Triple bonheur !

Le mot de la Présidente du Club

Les enfants de Danielle ont grandi et ont quitté la maison. C’est pourquoi, dès qu’elle en a l’occasion, Danielle leur fait un petit coucou et savoure pleinement ces moments de joie et de complicité retrouvées avec ses filles !

Martine Lamarle,
Présidente du Club des Amis de Danielle Steel

Le billet de Danielle

En l’espace d’une semaine, j’ai eu récemment le plaisir de rendre visite à trois de mes filles. Un triple bonheur ! Je suis extrêmement occupée et elles le sont aussi, si bien qu’il leur est difficile d’abandonner leur travail, leurs vies et leurs engagements. Alors, toutes les trois à six semaines, j’essaie d’aller les voir. Je regrette de m’être installée dans une ville trop petite pour leur permettre de trouver un emploi dans leur domaine, car cela les a obligées à s’en éloigner. L’autre jour, je me suis rendu compte que j’avais connu la même chose avec ma propre mère, qui se plaignait régulièrement de ne pas me voir assez souvent. J’essaie de ne pas l’imiter (en me plaignant sans arrêt), mais je serais vraiment très heureuse si mes filles vivaient encore ici et si elles pouvaient y travailler. Par bonheur, mon aînée et ma benjamine sont toujours à San Francisco. Mais les trois du milieu sont parties loin (comme je voudrais pouvoir remonter le temps et tout recommencer à zéro ! Quand vous aimez un livre ou un film, vous redoutez qu’il se termine. Eh bien, je déteste savoir qu’elles ne vivront plus jamais à la maison, que l’époque, agréable entre toutes, où nous étions tous ensemble, habitant sous le même toit, nous retrouvant aux petits déjeuners et aux dîners est révolue.

J’apprécie toujours ces visites et, comme tout dans la vie, certaines se passent mieux que d’autres. Si mes filles sont trop absorbées par la « vraie » vie, si elles ont trop de travail ou trop d’occupations, s’il en va de même pour moi, si je suis trop fatiguée ou trop stressée, ma visite peut tourner au fiasco. Elles doivent se libérer pour moi et je dois m’adapter à leur vie. Mais en règle générale, tout se passe bien et mes filles ont toujours du temps pour moi. Elles sont géniales ! Ces trois visites ont donc été parfaites à tous points de vue. Après avoir mis le point final à mon prochain livre et réglé les affaires courantes, je me suis envolée pour Los Angeles pour passer le week-end avec ma fille Sam. Le temps était radieux, il faisait 30 degrés. Sam a été formidable. Elle s’était arrangée pour modifier son emploi du temps pour moi et être libre dès le vendredi. Nous avons fait du shopping, nous sommes promenées, avons bavardé, déjeuné et dîné ensemble, avons beaucoup ri et passé de merveilleux moments. J’ai même eu droit à un bonus ! D’ordinaire, je réserve une chambre dans l’hôtel qui se trouve en face de chez elle et nous faisons des allées et venues entre son appartement et mon hôtel, ce qui est à la fois commode et amusant. Elle m’emmène dîner au restaurant, nous rangeons ensemble son appartement quand c’est nécessaire et son petit ami, que j’aime beaucoup, se joint souvent à nous. Mais cette fois, il était en déplacement, aussi a-t-elle été tout le temps avec moi. Et le « bonus » a été que le second soir, Sam m’a avoué qu’elle se sentait seule dans son appartement… et m’a invitée à passer la nuit chez elle. Il va sans dire que j’ai traversé la rue à la vitesse de l’éclair ! Vous n’imaginez pas le plaisir ! Deux soirées pour nous seules ! Le matin, je retournais à l’hôtel, vêtue de la même façon que la veille (cela m’a bien fait rire de penser qu’ils pouvaient croire que je revenais d’une nuit d’amour, alors que je l’avais passée avec ma fille !). On a vraiment vécu de très bons moments, et j’ai eu le cœur gros en la quittant, à la fin du week-end. Une fois de plus, j’ai regretté que nous ne vivions pas dans la même ville. Mais il est peu probable que je m’installe à Los Angeles ou que Sam revienne à San Francisco. Elle travaille dans la mode et il n’y aurait pas assez de débouchés pour elle. Nous devons donc nous accommoder de nos visites, de nos longs week-ends et de nos soirées mère-fille. Le week-end a été merveilleux avec elle !

Quatre jours plus tard, je suis partie pour Paris et me suis arrêtée à New York, pour passer deux jours avec ma fille Victoria, qui s’est, elle aussi, libérée pour moi. Elle est venue me retrouver à l’hôtel, où  nous sommes restées à nous détendre, bavardant, picorant et regardant la télévision. Nous avons également fait du shopping et sommes allées au cinéma. Nous avons passé beaucoup de temps toutes les deux ensemble, mais aussi avec son petit ami, tout aussi adorable que celui de Sam. Tout comme à Los Angeles avec Sam, j’ai passé de super moments avec Victoria. Ce fut tout simplement magique. Là encore, cela m’a énormément coûté de la quitter, mais nous avons vécu deux journées vraiment fantastiques. De toute façon, je suis toujours très triste de m’éloigner de mes enfants. Ils sont tellement adorables avec moi !

Après cela, j’ai repris l’avion pour Paris, où Vanessa travaillait pendant une semaine. Et son travail se terminait justement au moment où je suis arrivée, le dimanche matin. Nous avons donc eu une journée entière pour paresser, traîner, rattraper notre retard, bavarder, rire, déjeuner et dîner ensemble, sans rien faire de spécial. Nous ne sommes pas sorties de la journée. Le lundi, nous avons pu nous amuser un peu entre ses rendez-vous. Même si elle en avait encore quelques-uns, j’ai pu profiter d’elle avant qu’elle ne parte pour l’Italie pour son travail. J’ai vraiment été heureuse d’avoir pu passer une journée et demie avec elle. Elle fut mon troisième bonheur de la semaine, avec ces quelques moments magiques passés ensemble !

Ainsi que je l’ai dit, il arrive que, même avec l’amour que je porte à mes enfants et même s’ils sont fantastiques, nous traversions de mauvaises passes, parce que nous sommes en désaccord sur un sujet quelconque, ou parce que nous sommes tous sous tension, énervés par de multiples choses. Mais cette fois, ce ne fut pas le cas. Ces visites à trois de mes filles furent fantastiques et parfaites. Chaque visite fut particulière, chaque instant unique. En une semaine, en parcourant 6 000 kilomètres, j’ai eu la chance d’en voir trois ! Quel énorme privilège !!! Trois, vous vous rendez compte ? Cela m’a fait tellement plaisir !!! Ce fut un triple bonheur !

La semaine de la mode à Paris

Le mot de la Présidente du Club

Danielle adore la mode et les grands couturiers parisiens. Elle a la chance de pouvoir assister aux défilés de Chanel et de Christian Lacroix, et nous les relate, pour notre plus grand plaisir !

Martine Lamarle,
Présidente du Club des Amis de Danielle Steel

Le billet de Danielle

Quand mes enfants étaient petits, j’emmenais mes cinq filles aux défilés de haute couture, à Paris. C’était extraordinaire, car les robes étaient magnifiques, uniques, portées par des mannequins sublimes dans des décors fabuleux. Deux fois par an, ces défilés représentaient un événement majeur. Aujourd’hui, la plupart des grands couturiers ont disparu et désormais je n’assiste plus qu’à deux défilés par an, en janvier et en juillet, chez Lacroix et Chanel, juste pour admirer la beauté de leurs créations et leur talent.
Dorénavant, quand on parle de la « semaine de la mode », on fait référence à la semaine où les couturiers, deux fois par an, organisent des défilés auxquels sont conviés les journalistes, les rédacteurs en chef des magazines de mode, les vedettes de cinéma, les célébrités. À New York, c’est un événement extrêmement important auquel assistent des représentants de la mode venus du monde entier. Il existe une semaine d’importance égale à Londres, pour les couturiers anglais, et deux autres à Milan et à Paris. C’est chaque fois l’occasion pour les couturiers d’organiser des défilés impressionnants, de montrer des vêtements fabuleux et de définir les tendances de la mode pour la saison qui vient.
Et si, autrefois, j’emmenais mes cinq « petites filles » aux défilés de haute couture, aujourd’hui, ce sont mes « grandes filles » qui m’entraînent à Paris pour assister à des défilés de prêt-à-porter. C’est un monde entièrement différent, mais je suis ravie de m’y rendre avec elles. Trois de mes filles travaillent dans la mode (deux sont stylistes, la troisième rédactrice dans un magazine de mode). Elles sont donc présentes à ces défilés, aussi bien à Paris qu’à New York. L’une d’entre elles va même à ceux de Milan. Je les ai rejointes à Paris pour y aller avec elles. Ce fut à la fois fascinant et excitant, et surtout très amusant.
Chacun des défilés auxquels j’ai assisté avec elles possédait sa propre personnalité. Tous furent magnifiques et très différents les uns des autres.
Certains sont faciles d’accès, d’autres pas du tout. Des journalistes de mode du monde entier viennent les voir. Autour de vous, vous entendez parler français, anglais, allemand, italien, russe, espagnol, japonais et bien d’autres langues encore. Vous y rencontrez de nombreux visages connus et quelques personnages originaux (avec, par exemple, des cheveux d’une couleur surprenante qui n’a rien d’humain, sauf si l’on considère que les cheveux peuvent être naturellement verts ou violets…). Certaines personnes sont très élégantes, d’autres complètement débraillées. Il y a autant d’hommes que de femmes, et la plupart sont vêtus à la dernière mode. C’est un vrai spectacle. Les mannequins sont très beaux. La tendance actuelle est le genre extraterrestre, avec un maquillage blanc, un regard vide et une démarche robotisée, si bien qu’elles ressemblent à des machines très chic. Mais l’ensemble est époustouflant !
Le premier défilé auquel j’ai assisté fut celui de Givenchy. Les vêtements tout comme les mannequins étaient splendides. Il avait lieu dans un immeuble délabré (peut-être un ancien entrepôt ?) situé dans le quartier « branché » du Marais. Devant une porte tout à fait banale, mille personnes environ stationnaient sous la pluie. Il fallut attendre une demi-heure avant que la porte s’ouvre. Les gens se précipitèrent alors d’un seul élan, se poussant et jouant des coudes (alors que toutes les places étaient nominatives). Le trottoir était en mauvais état (et malheureusement je portais des talons hauts), les gens impatients et excités. On se serait cru dans une scène de foule sur un tournage ou dans les tribunes d’un match de football, quand les supporters se ruent sur les gradins. Pendant une minute, ce fut un peu la panique, puis nous réussîmes à entrer toutes les trois et à trouver nos places. Il fallut attendre encore une heure avant que le défilé commence, mais nous ne regrettâmes pas d’avoir dû patienter et de nous être fait bousculer dehors. Ce fut un spectacle magnifique et excitant, que j’ai adoré, assise entre mes deux filles. J’ai eu l’impression que la boucle était bouclée : aujourd’hui, c’étaient elles qui m’emmenaient voir un spectacle tout nouveau pour moi, tout comme je les emmenais voir les défilés lorsqu’elles avaient six, sept et huit ans. A l’époque, c’était nouveau et excitant pour elles.
Le second défilé que je vis avec l’une de mes filles fut celui d’Yves Saint Laurent, au Palais de Tokyo, près de la tour Eiffel. Après avoir gravi les marches, nous nous installâmes et, quelques minutes plus tard, le spectacle commença. La collection était époustouflante, les vêtements de toute beauté et très élégants (j’eus même envie d’un tailleur-pantalon et d’un chemisier !).
Le suivant fut celui de Chanel et il me stupéfia. Il se tenait au Grand Palais, qui venait d’être rénové, et les organisateurs avaient fait des merveilles : tout était noir et blanc. On nous dirigea vers nos fauteuils avec beaucoup d’efficacité, et le défilé commença à l’heure dite. Et quel spectacle ! Des tenues pour la plupart noir et blanc, avec des touches de rose et de vert, des chapeaux, des bijoux extraordinaires, des caleçons longs fantastiques (en laine rose !!), des collants, des tailleurs, de superbes ensembles, portés par des mannequins d’une grande beauté. Parmi eux se trouvaient quatre hommes. Le tout avait une classe incomparable.
Nous nous rendîmes également au défilé de Vuitton. Il était organisé sous une tente transparente, dans l’une des cours du musée du Louvre. Là encore, le spectacle fut d’une beauté saisissante (les tenues avaient été créées par Marc Jacobs).
Notre dernier défilé fut celui de Miu Miu, totalement différent des précédents. Il avait lieu dans une belle et vieille maison, proche de là où j’habitais, ce qui était très commode pour moi. Dès notre arrivée, des serveurs proposèrent des boissons et des chocolats, puis, après nous avoir fait gravir un escalier de marbre, ils nous emmenèrent à l’étage où étaient disposées des rangées de chaises pliantes recouvertes de brocart. Une fois que nous fûmes installés, les mannequins défilèrent au milieu de nous, si proches que nous aurions pu les toucher. Cette présentation fut moins formelle que les autres et elle conclut magnifiquement ma « semaine de la mode ». Je rentrai ensuite à pied avec l’une de mes filles et nous ôtâmes nos tenues élégantes (on doit bien s’habiller, quand on fréquente ce genre d’endroits, car les journalistes prennent beaucoup de photos). J’enfilai un jean et je repensai à tout ce que je venais de vivre. Mes filles se rendent plus souvent que moi aux défilés et elles ne m’emmènent voir que ceux dont elles pensent que je les apprécierai. Ce fut le cas ! Je venais de passer une semaine inoubliable !!
Ce soir-là, nous sommes allées au restaurant. Nous étions détendues. La course effrénée aux défilés était terminée. Nous n’avions plus à nous sentir en représentation, à saluer, courir, noter les collections et les shows. À mon grand regret, le lendemain matin, mes deux filles me quittèrent afin de s’envoler pour Los Angeles et New York.
Je me retrouvai seule, comme Cendrillon après le bal. Cette semaine extraordinaire avait pris fin.  Plus de défilés, de mannequins, de beaux vêtements, de photographes… L’enthousiasme était tombé, mes filles étaient à des milliers de kilomètres.
J’ai mis un jean, je suis allée dans ma salle des ventes favorite à Paris et j’ai fait des courses. Je n’avais plus personne avec qui parler ou rire de ce que j’avais vu dans la journée.
Vraiment, cette semaine a été extraordinaire et je me sens privilégiée de l’avoir vécue avec mes filles. Comme un rêve magique, la semaine de la mode a disparu… jusqu’à la prochaine fois.
J’espère que les filles m’y emmèneront encore !

Danielle Steel

Écrire

J’ai remarqué que beaucoup d’entre vous s’interrogeaient sur ma façon d’écrire.

À ceux qui s’adonnent aussi à cette activité, je dirai qu’il n’existe pas de « bonne » façon de faire (pas plus que pour n’importe quoi dans la vie). Certaines personnes écrivent une demi-page par jour, hésitent longuement avant de choisir un mot ou de formuler une phrase. D’autres rédigent des pages et des pages d’un seul jet. À chacun sa méthode. Ne vous comparez pas aux autres. Nous procédons tous de la manière qui nous convient le mieux.

On me demande souvent « par où commencer » une fois que l’on a mis le point final à son roman. Vous devez d’abord chercher un éditeur. Pour cela, je vous conseille d’aller dans une librairie et de regarder les différentes publications. Cela vous permettra de relever les noms des éditeurs qui pourraient être intéressés par votre roman et de leur envoyer votre manuscrit. Ensuite, l’attente peut être longue et le jeu demande énormément de persévérance. J’ai eu beaucoup de chance que mon premier livre soit édité, mais les cinq suivants ne l’ont pas été. En revanche, le septième a été publié. Si j’avais perdu courage, je n’aurais jamais eu le succès dont je jouis aujourd’hui. Continuez donc d’écrire, sans vous décourager.

On me demande également si j’envisage d’écrire un livre sur la façon dont je travaille. La réponse est non. Cela me semblerait stupide. Il suffit de s’asseoir, de s’atteler à la tâche et d’écrire. Il n’y a rien de mystérieux là-dedans. Alors non, je ne le ferai jamais.

On m’interroge aussi sur mes horaires de travail, pour savoir, entre autres, si je suis à mon bureau toute l’année. C’est très perspicace, car je dois mon succès à un travail acharné… Croyez-moi, je travaille très, très dur. Au début de ma carrière (je n’avais encore qu’un enfant quand j’ai commencé à écrire), j’ai compris que si j’attendais d’en avoir le temps ou l’occasion, cela n’arriverait jamais et qu’au bout du compte, je ne ferais rien du tout. J’ai donc fait de l’écriture ma priorité et j’ai renoncé au reste. Pendant près de trente ans, je n’ai jamais empiété sur mon temps de travail pour déjeuner avec des amies. En ce qui concernait les activités scolaires de mes enfants, je ne me déplaçais que s’ils étaient personnellement impliqués (si l’un d’eux jouait dans une pièce de théâtre ou participait à une compétition sportive, par exemple). En revanche, je n’assistais pas aux réunions de parents d’élèves et ne prenais jamais le café avec d’autres mères. Ma famille, mes enfants et mon mari sont toujours passés en premier, mais j’ai renoncé au reste pour pouvoir écrire.

J’écris énormément chaque jour : roman, article, essai, poème, pensée, blog, lettres ou e-mails… Pour ma tranquillité d’esprit, je planifie le temps que je consacre à l’écriture. Quand je travaille sur un livre, je prévois toujours plus de temps qu’il ne m’en faut en réalité, parce que, si je me sens bousculée, je ne peux plus écrire. Le temps est un luxe qui m’est nécessaire et je ne dois rien avoir d’autre à faire.

Voici comment cela se passe : dans un premier temps, j’ai une idée, ou simplement une ébauche d’idée, quelque chose qui suscite ma curiosité. Ce peut être une remarque anodine sur quelqu’un, un article dans le journal, une anecdote, une considération philosophique sur la vie. Je commence à prendre des notes et cela dure plusieurs mois. Peu à peu, la trame de mon histoire prend forme dans mon esprit. Parfois, je reste assise pendant des heures, les yeux dans le vague, à creuser mon idée, à créer mes personnages. Puis un jour, je m’assois devant mon clavier et je tape les grandes lignes de mon récit. A ce stade, je sais exactement où je vais. Je tiens mon canevas, chapitre par chapitre. Ce canevas comporte entre quarante et soixante-dix pages. Je le relis, j’y apporte des modifications jusqu’à en être satisfaite. Alors seulement, je l’envoie à ma correctrice et à mon éditeur, qui me suggèrent des changements. Je suis leurs conseils à condition que ces corrections ne compromettent pas ce qui fait l’essence même de mon livre. Ensuite, c’est la pagaille absolue. J’efface, je raye, je multiplie les renvois. Mon éditeur déteste ce désordre, et il me supplie de changer le ruban de ma machine à écrire plus souvent[1], ce que j’oublie de faire quand je suis en ébullition. Au bout du compte, il me réclame d’autres changements. Je retravaille mon canevas, y apportant de nouvelles modifications. Quand j’écris, je ne fais rien d’autre, pour rester parfaitement concentrée. Quand mes enfants étaient petits, j’écrivais la nuit, lorsqu’ils étaient couchés. Maintenant qu’ils sont grands et poursuivent des études universitaires, je peux consacrer mes jours et mes nuits à mes romans.

Une fois que le canevas est au point, je le mets de côté, histoire qu’il mijote à feu doux pendant quelque temps. J’ai l’habitude de travailler simultanément sur trois à cinq livres à divers stades d’élaboration et d’écriture. De la même façon, quand j’ai mis le point final à un roman, je le laisse encore reposer un moment.

Quand je m’attaque à un livre, c’est comme si j’entreprenais de gravir une montagne. C’est une lutte d’endurance, difficile et épuisante. Je ne quitte pas mon bureau tant que la première esquisse n’est pas terminée. Je travaille sur les grandes lignes que j’ai d’abord tracées, mais le livre semble avoir sa vie propre, comme un film que je verrais et entendrais dans ma tête. Parfois, je suis même surprise par ce que je vois et entends. Je pleure quand c’est triste, je ris quand l’un des personnages dit quelque chose de drôle. Je suis littéralement hantée par les héros de mon livre. Je ne parle à personne, sauf à mes enfants s’ils me téléphonent. Je ne vois personne et ne sors pas de chez moi. Je vais de mon lit au bureau, du bureau à la baignoire et de la salle de bains à mon lit. Le lendemain, je recommence. Je n’arrête qu’une fois le premier jet achevé. Je travaille de vingt à vingt-deux heures d’affilée, dormant trois ou quatre heures, puis me remettant au travail. Lorsqu’il créait une statue, Michel-Ange prétendait qu’il l’arrachait à la pierre. Le soir, j’ai presque peur de m’arrêter, parce que je crains d’oublier le but que je me suis fixé. Mais il n’en est rien, et je continue ainsi jusqu’au terme du voyage. Ce premier jet est alors un produit brut, bourré d’erreurs. Je le lis un nombre incalculable de fois, je le corrige, et quand j’en suis satisfaite, je l’envoie à ma correctrice, qui me suggère en retour une tonne de corrections et de modifications. Je les accepte pour la plupart et je réécris mon texte, qui effectue ainsi un certain nombre d’allers-retours pendant plusieurs mois, durant lesquels je le corrige et l’affine. Entre deux reprises, je travaille sur un autre projet et, chaque fois que j’y reviens, je procède à de nouvelles améliorations. Ce processus dure environ un an et demi. Si j’ai besoin de faire des recherches historiques, ou sur une profession ou une région, mon assistante me fournit la documentation (que je dois lire et assimiler) avant, pendant et après la rédaction du livre. Je n’ai alors plus qu’à puiser dedans chaque fois que nécessaire. Comme vous pouvez le constater, écrire est une entreprise ardue et de longue haleine.

Je travaille devant mon bureau, emmitouflée dans une vieille robe de chambre en laine, bien confortable. Je ne me coiffe pas pendant des semaines et ma seule concession à la coquetterie se limite à l’usage du savon et du dentifrice. Quand j’écris, je n’existe plus que pour raconter mon histoire. Et si mes lecteurs disent qu’ils n’ont pas pu en décrocher, c’est parce que je ne l’ai pas pu non plus. S’ils ont pleuré, c’est parce que j’ai pleuré aussi. On m’apporte mes repas sur un plateau et je ne fais quasiment aucune pause jusqu’à ce que j’aie terminé. Je ne sors pas, je ne m’accorde aucune distraction. En revanche, quand c’est fini, je suis libre de faire la fête !

J’ai remarqué quelque chose d’étrange… Quand je travaille sur un roman, je fourmille toujours d’idées pour d’autres livres, comme si j’avais plusieurs casseroles sur le feu. Mais quand je n’écris pas, mon esprit se met au repos et j’ai peu d’idées. Celles-ci ne viennent que dans les périodes de travail acharné.

Je sais, c’est bizarre…

Telle est ma méthode, et j’y trouve beaucoup de plaisir, même si elle implique énormément de travail. Quand vous travaillez vingt-deux heures par jour, ou même un peu moins, au bout d’un moment, vous avez mal partout (quel que soit votre âge) : votre dos est raide, votre nuque vous fait souffrir, chacun de vos muscles proteste. Pour ma part, j’écris jusqu’à ce que je sois au bord de la syncope. Même si je suis épuisée, je redouble d’efforts. C’est souvent dans ces moments-là qu’on est le plus productif. Quelquefois, mes doigts sont gonflés à force de taper sur le clavier, ils saignent. C’est une façon étrange de gagner sa vie, mais elle me plaît.

J’ignore d’où me viennent les idées, mais le fait est qu’elles sont là. Je me dis que je ne fais que transmettre l’histoire, comme une vitre laisse passer la lumière. Mais quand je commence à me croire importante, la lumière ne passe plus. Je crois qu’il faut une certaine dose d’humilité pour faire ce métier. Je suis heureuse d’avoir reçu ce cadeau.

Physiquement, c’est très dur, mais on trouve quelque part la force de le faire.

On m’a demandé si je faisais cela toute l’année. Je m’efforce de l’éviter. Pendant trente ans, ma vie a tourné autour de mes enfants. Je faisais toujours en sorte de me libérer pendant leurs vacances, c’est pourquoi je n’ai jamais travaillé durant l’été. C’est toujours vrai aujourd’hui, car trois d’entre eux sont encore à l’université. Je travaille donc comme une forcenée en hiver (mon pic d’activité se situe entre les mois d’octobre et mai/juin). En revanche, je suis en congé pendant l’été. Il m’arrive d’avoir un travail de réécriture à faire, mais en général, je ne prévois rien entre juin et septembre. Je ne travaille pas non plus à Noël, pour profiter de mes enfants, bien que je prenne souvent des notes.

Lorsqu’ils étaient petits, je m’occupais d’eux toute la journée et j’écrivais de vingt heures à trois heures du matin. Ensuite, j’allais dormir, à condition qu’il n’y ait pas d’otite, de maux de ventre ou de cauchemar. Au matin, j’étais debout. Dès qu’ils partaient à l’école, j’écrivais, puis j’allais les chercher et je les conduisais à leurs diverses activités. Dès huit heures du matin, je suis dans mon bureau. J’ai la chance de ne pas avoir besoin de beaucoup de sommeil. Quatre ou cinq heures me suffisent. C’est un avantage, quand vous êtes écrivain et que vous avez neuf enfants ! Avec mes deux maris (le père de mes enfants, puis l’homme que j’ai épousé après lui), j’avais passé un accord : je me couchais en même temps qu’eux, mais je me relevais pour écrire dès qu’ils étaient endormis. J’étais heureuse de vivre au rythme de mon époux et de mes enfants, mais maintenant que je suis seule, je continue d’écrire le soir. Quand je termine un livre, je suis toujours un peu triste de quitter mes personnages. Mais une fois que le point final est mis, je passe à autre chose, c’est-à-dire à un autre livre. Le travail occupe le plus clair de mon temps (j’ai écrit cent six romans, dont le premier à dix-neuf ans).

On m’a demandé si j’avais le temps de lire. Pas assez, malheureusement ! Je fais toujours très attention à ne pas lire l’œuvre d’un autre romancier pendant que j’écris. Sans même s’en apercevoir, on peut être influencé. Je préfère ne pas prendre ce risque. Je ne lis que lorsque je ne travaille pas, d’ordinaire en été, mais jamais quand je suis moi-même en train d’écrire. Je ne trouve d’inspiration que dans la lecture de la Bible et d’articles consacrés à la religion.

Voilà, dans les grandes lignes, ma façon de travailler. J’ai parfois entendu certaines personnes laisser entendre que je faisais écrire mes livres par d’autres. Je n’ai pas cette chance. Je n’ai pas de petits lutins dans ma cave. Je fais tout moi-même… et je suis heureuse que la plupart de mes lecteurs aiment ce que je fais.

Et maintenant, il faut que je me mette à mon prochain roman.

À bientôt.

Danielle Steel

[1] Je tape toujours mes manuscrits sur ma vieille machine à écrire porte-bonheur !

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